Extrait de mon mémoire du BTS Diététique : Le Jeûne

Lors de mon BTS de Diététique, j’ai choisi comme sujet de réflexion personnelle pour mon mémoire, le jeûne. Choix plus qu’audacieux car au cours de cette formation où nous apprenions comment bien manger pour vivre bien et en pleine santé, je choisissais de développer l’idée contraire : comment vivre sans manger ?

Cela me paraît évident de partager ce travail sur mon site. Je vous en souhaite une agréable lecture.

Partie IV : Réflexion personnelle – Le Jeûne

Dans notre société où la nourriture abonde, où les commerces de bouches et grandes surfaces alimentaires ne cessent de se développer, je constate que de plus en plus de personnes se tournent vers le jeûne. Lors de mon stage optionnel, au salon de Toulouse, de nombreux clients avaient testé le jeûne. Les publicités de « Jeûne et randonnées » sont très présentes sur les revues en magasins alimentaires biologiques. Comment penser que le jeûne, qui peut être fatal, puisse aussi être un facteur de mieux être ?

  1. Les mécanismes du jeûne

Depuis qu’il existe, l’être humain a été amené à jeûner, par obligation (lors de périodes de guerres, famines…), pour des raisons religieuses (ramadan, carême…). De nos jours, publications, reportages et livres vantent les bienfaits du jeûne amenant certaines personnes à effectuer un jeûne par choix.

  1. Origines et historique du jeûne

Depuis la fin du XIXè siècle, des recherches et études sur le jeûne ont été réalisées. Dans certains pays, le sujet s’est libéralisé plus que dans d’autres – Russie pour exemple – donnant naissance à une documentation riche concernant les possibilités thérapeutiques du jeûne mais demandant à être encore approfondie. Voici quelques faits et découvertes marquant l’histoire de l’évolution du jeûne (cf. Le jeûne, une nouvelle thérapie ? Thierry De Lestrade) :

En 1880 en Amérique, le Dr Tanner entreprit un jeûne de 40 jours, sous surveillance médicale, afin d’apporter une première démonstration expérimentale. A l’époque, la médecine enseignait que l’homme ne pouvait vivre que quelques jours sans manger. Il mena l’expérimentation à son terme sans difficultés. Cette expérience ébranla les convictions établies au sujet du jeûne et amena la médecine à étudier le phénomène de plus près.

Dès les années 1900, le Dr Guelpa découvre lors de son internat de médecine à l’hôpital pendant une épidémie de Typhus, que les malades qui guérissaient étaient ceux qui perdaient du poids. Il en vint à conclure que c’est parce que les patients éliminaient des substances toxiques. Il conseilla à ses malades de jeûner pendant une semaine, démarche couronnée de succès. Dans les années qui suivirent, il essaya des cures de jeûne sur de nombreuses pathologies et publia en 1915 La cure de Guelpa, à l’impact important en Europe.

Lors de la Première Guerre Mondiale, le Dr Buchinger, médecin de la marine allemande, fut réformé à cause d’une sclérose en plaques. On lui conseilla d’effectuer un jeûne dans la clinique du Dr Riedlin qui appliquait la cure du Dr Guelpa. Après trois semaines de jeûne à l’eau, il se sentit bien mieux. Une seconde cure dans cette clinique le guérit complètement. Il se consacra alors au jeûne et mit en place un procédé de jeûne thérapeutique qui porte aujourd’hui son nom : « le jeûne Buchinger » (cf. chapitre suivant). Aujourd’hui, une dizaine de cliniques en Allemagne et en Espagne appliquent sa méthode.

Années 30 : Ivan Pavlov, physiologiste et prix Nobel russe de médecine en 1904, conseilla lors d’une épidémie de gastro-entérite dans la flotte du Pacifique, un jeûne préventif à tout le monde et thérapeutique aux malades. L’épidémie fut stoppée en quelques jours.

Années 50 : le Dr Nikolaïev, psychiatre russe exerçant en clinique, constate une amélioration des symptômes chez certains de ses patients schizophrènes qu’il avait autorisés à ne pas se nourrir. Il attribut ces améliorations au jeûne. Les autres schizophrènes de la clinique bénéficiaient d’une alimentation forcée et ne présentaient aucune amélioration des jeûneurs. Ses travaux retinrent alors l’attention de l’URSS qui décida de conduire des études sur le sujet. Ces études mèneront, en 1988, l’Académie des Sciences à intégrer le jeûne comme pratique thérapeutique. A cet effet, un manuel précis et détaillé du jeûne fut élaboré incluant ses indications et contre-indications. Aujourd’hui, cette documentation riche prend la poussière car après la chute de l’URSS, le système de soin est devenu payant et le jeûne trop cher. Cette documentation, jamais traduite ni ré-exploitée, se compose d’une dizaine de milliers de pages.

En France, le Dr Vivini correspondait avec le Dr Nikolaïev depuis les années 50. Dirigeant de 1960 à 1984 un centre de jeûne dans les Pyrénées, il s’est battu, preuves d’efficacité à l’appui, pour que ses cures soient prises en charge par la Sécurité Sociale. Ses nombreuses démarches n’ont pas eu l’aboutissement escompté.

En 2005, le Professeur russe Kokosov publia les résultats d’une étude sur l’asthme. Des volontaires jeunèrent 28 jours. A partir du 12ème jour, le taux de production naturelle de cortisol avait augmenté de 50%. On arrêta la prise de cortisone de ces patients. Au bout de six mois, tout allait toujours bien pour ces jeûneurs. En 2011, soit 6 ans après, 20% des patients avaient été guéris définitivement, 40% allaient toujours beaucoup mieux qu’avant le jeûne.

  1. Les différents types de jeûne

             Il existe plusieurs méthodes de jeûne dont voici les principales :

  • Le jeûne hydrique : le jeûneur consomme seulement de l’eau, à volonté.
  • Le jeûne Buchinger : le jeûneur boit 25cl de jus de fruits le midi, 25cl de bouillon de légumes le soir ; eau, tisanes et infusions à volonté.
  • La monodiète : le jeûneur mange un seul et même aliment (souvent raisin, pomme ou riz complet) à raison de trois fois par jour ; eau, tisanes et infusions à volonté.
  • La diète cétogène : jeûne du sucre. Aucun sucre rapide, très peu de sucres lents ; alimentation riche en lipides de premier choix, légumes et légumineuses. Ce régime est utilisé dans le cadre des épilepsies rebelles notamment au CH Régional et Universitaire de Strasbourg (source : Information Diététique 2/2006 « Le régime cétogène et son application pratique » de Dominique Desbordes et Marie-Claire Bruger, diététiciennes).

Ces jeûnes peuvent se faire sur des durées de plusieurs jours à semaines consécutifs :

  • Dinner / breakfast cancelling : ne pas manger ou consommer un seul fruit au repas du matin ou du soir.
  • Le jeûne alterné : alternance un jour d’alimentation habituelle et un jour de jeûne.
  • Le fast diet ou le 5/2 : deux jours, consécutifs ou non, de jeûne par semaine.
  • Le jeûne intermittent : jeûner 5 jours par mois.

III. Les réactions du corps en période de jeûne

Lors du jeûne, le corps passe par différentes réactions qui ont été décrites dans des publications et documentations scientifiques et que j’ai résumées dans l’annexe 21.

  1. Enquête auprès de jeûneurs

         Afin de mieux comprendre le jeûne, j’ai réalisé un questionnaire en ligne sur un site internet (annexe 22) et l’ai diffusé auprès d’associations de jeûneurs par mail. 29 personnes ont eu la gentillesse d’y répondre et ainsi de partager leur(s) expérience(s) du jeûne.

  1. Résultats de l’enquête

Analyse des réponses (annexes 23 et 24) par question en annexe 25.

  1. Quel avenir pour le jeûne ?

Les opinions concernant le jeûne divergent. De façon générale, le milieu médical est réticent à cette pratique. Il est dans les mœurs de manger pour vivre et que sans manger, on ne peut vivre. A l’opposé, des scientifiques, biologistes, chercheurs tentent de mener des études sérieuses sur le sujet afin de confirmer ou d’infirmer son utilité thérapeutique.

Les réticences au jeûne

Des médecins mettent en garde contre le jeûne qui peut s’avérer dangereux à l’instar du Professeur Jean-Marie Bourre, membre de l’Académie nationale de médecine qui alerte lors d’une interview dans Le Figaro du 23 Octobre 2013 : « L’organisme n’est pas fait pour jeûner, et c’est le mettre en danger que de lui imposer un régime contre nature. […] L’organisme puise dans les « réserves ». Or les protéines musculaires sont les premières à être utilisées […]. C’est dangereux pour le cœur […]. Autre effet pervers […] certaines vitamines, solubles dans l’eau, ne pouvant pas être stockée […] on élimine dans les urines la vitamine C et celles du groupe B au quotidien. […] Le seul jeûne physiologiquement acceptable est celui de la nuit de sommeil […]. Au-delà, il y a […] affaiblissement de l’organisme. »

Pauline Coti Bertrand, médecin responsable de la nutrition clinique du service d’endocrinologie du CH Universitaire Vaudois de Lausanne, rejoint l’avis du Pr Bourre, lors d’une interview dans l’Echo du 7 Janvier 2016 : « Cette pratique n’a aucune vertu santé reconnue. […] l’absence de nourriture a des effets salutaires en cas de cancers, mais sur des souris ! […] Je la déconseille aux malades […] car ils vont s’affaiblir et ils risquent de devoir interrompre leur thérapie contre le cancer. Je dissuade aussi les personnes saines de s’y risquer […]. L’homme n’est pas programmé pour rester longtemps dans la restriction. »

Les découvertes dans le domaine du jeûne

Le manchot empereur

Yvon Le Maho, CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) de Strasbourg, membre de l’Académie des sciences, a étudié le comportement du manchot empereur qui en couvant son œuf jeûne spontanément pendant 4 mois. Il souhaitait répondre à une question : est-ce que le manchot empereur est un jeûneur professionnel, parce qu’il a des mécanismes que d’autres animaux – dont l’homme – n’ont pas ? Ses recherches l’ont mené à la conclusion que l’organisme du manchot empereur s’adapte : le manchot consomme lors de son jeûne : 4% de protéines et 96% de lipides. L’organisme s’alimente dans ses propres stocks mais limite l’impact sur les réserves protéiques préservant ainsi les muscles, dont le cœur.

Yvon Le Maho a alors demandé à ce que cette étude soit réalisée sur des rats qui ne sont pas des jeûneurs professionnels. Les résultats ont été comparables.

Ainsi, d’après Yvon Le Maho, dans Le jeûne, une nouvelle thérapie ?, diffusé sur ARTE en 2011, le jeûne est une adaptation de l’organisme qui existe depuis la vie sur Terre (dont les mécanismes sont ceux décrits dans le tableau précédent) et qui ne présente aucun danger dans les limites définies par le CNRS de Strasbourg.

Dans quelle direction orienter les recherches ?

Andreas Michalsen, Chef de service, Hôpital de la Charité de Berlin (dont un étage entier est réservé aux jeûneurs) regrette que jusqu’à présent peu de recherches et d’études aient été menées, par manque d’aides financières débloquées.

Ses confrères encadrant les jeûnes et lui-même estiment que le besoin d’étude se porte majoritairement sur trois pathologies : rhumatismes ou arthrite rhumatismale, diabète et hypertension artérielle. En effet, ils ont constaté que ces pathologies étaient les plus réceptives au jeûne au même titre que les traitements médicamenteux.

Lors de son interview dans le documentaire Le jeûne, une nouvelle thérapie ?, diffusé sur ARTE en 2011, il confiait : « Du point de vue de l’évolution, il est probable que la survie s’accompagnait de périodes de jeûne. La situation que nous avons aujourd’hui, repas réguliers, frigo rempli, est historiquement anormale. Ainsi il n’est pas étonnant que le corps rencontre des difficultés lorsqu’il ne jeûne pas, quand il mange sans cesse. Notre patrimoine génétique semble être moins adapté à cette situation qu’au jeûne. »

L’organisme serait mieux équipé pour supporter les carences que les excès, car cela serait inscrit dans son code génétique ?

Les découvertes dans les domaines du jeûne et de la génétique

Valter Longo, Professeur de Biogérontologie, Université de Californie, depuis 1997,  étudie les mécanismes du vieillissement cherchant un moyen de les contrôler afin de vivre plus longtemps en bonne santé. Des travaux ont inspiré ses recherches :

– Dans les années 1930, Clive McCay avait démontré qu’imposer une restriction calorique à des rats (-30% de calories par jour) permettait une extension de leur durée de vie.

– Dans les années 1980, Roy Walford (Université de Californie, là même où exerce aujourd’hui V. Longo) a soumis différentes lignées de souris à plusieurs expériences de restriction calorique. Les souris soumises à une forte restriction calorique (-50%) vivaient en moyenne 35% à 65% plus longtemps que celles nourries à volonté. Dès 1945, une étude similaire avait été menée à l’Université de Chicago obtenant les mêmes résultats.

– Autre étude en 1982 sur des rats : accroissement de longévité moyenne de 60%. Rapportée à l’homme : durée de vie moyenne de 138 ans ! D’autres expériences avec des mouches, des poissons et des vers montreront aussi un accroissement de la durée de vie chez ceux qui mangent le moins.

Fait commun à ces études : l’augmentation de la durée de vie est associée à un pourcentage moins élevé de maladies chroniques ou à leur apparition plus tardive.

Contrairement à ses pairs qui mènent leurs expérimentations sur des rats et souris, réputés proches de l’être humain, V. Longo jette son dévolu sur les levures avec pour question principale : qu’est-ce qui permet à un organisme de vivre plus longtemps ? Fort de sa connaissance des études précédentes, il décide d’appliquer la restriction calorique à l’extrême : le jeûne. Pendant qu’elle jeûne, la levure réduit son train de vie, le jeûne induisant un ralentissement de l’organisme et une protection. V. Longo combine alors la génétique à la nutrition, via la dissection de brins d’ADN. Certains chercheurs font alors une découverte extraordinaire : ils s’aperçoivent par hasard qu’on peut accroître la durée de vie d’un ver en inactivant certains de ses gènes. Valter Longo identifie ces gènes dans les levures, les désactive et soumet ses levures mutées à une restriction calorique. Elles vivent alors dix fois plus longtemps que les levures normales ! A l’échelle humaine : durée de vie de 800 ans !

  1. Longo s’interroge : la cellule changeant son mode de fonctionnement lors d’un jeûne, se mettant en mode conservation et protection, comment réagirait-elle à l’invasion d’un poison ? Un début de réponse apparaît dans une autre expérience de V. Longo. Il choisit un poison très violent, largement utilisé : l’étoposide, produit de chimiothérapie. Son équipe et lui sélectionnent des souris auxquelles a été inoculé un cancer et les séparent en deux groupent : le premier mange normalement, le second jeûne 48 heures. On injecte ensuite à toutes une haute dose d’étoposide (3 à 5 fois supérieure à celle utilisée chez l’homme). En 2007, les résultats tombent : 100% de survivantes dans le groupe qui avait jeûné ; 35% de survivantes (présentant de surcroit des lésions musculaires et cérébrales) dans le groupe de contrôle. V. Longo demande que la même expérience soit conduite dans deux laboratoires différents : Los Angeles et Gênes. Les résultats obtenus sont les mêmes sur des centaines de souris.

La question se pose alors : est-ce que cela fonctionnerait sur l’être humain ?

Des débuts prudents et fragiles de réponse ont été mis en place à travers l’étude des effets du jeûne sur 10 patients atteints de cancer, au Norris Cancer Hospital de Los Angeles. Dans le cadre d’un cancer, il est recommandé de manger hypercalorique et hyperprotéiné. Le jeûne est à l’opposé de ces recommandations. Le Docteur David Quinn a supervisé ces essais thérapeutiques avec beaucoup d’espoir : « pour la première fois, on s’intéresse aux cellules normales, à leur protection. Si les résultats obtenus sur la souris sont reproductibles à l’homme, cela signifie que les patients vont gagner en confort pendant leur traitement, et qu’il y a une possibilité d’améliorer l’efficacité de la chimiothérapie. » Publiés en 2009 dans la revue Aging, les résultats de ces cas cliniques confirment ceux observés chez les souris. L’étude, cosignée par V. Longo, conclut : « Les différents cas présentés ici sont en concordance avec les résultats obtenus chez les animaux et fournissent des données préliminaires qui montrent que le jeûne est faisable, qu’il est sûr et qu’il a le potentiel de protéger de manière différenciée les cellules normales contre la chimiothérapie. Néanmoins, seul un essai clinique, randomisé (où les participants sont répartis de façon aléatoire dans le groupe témoin et le groupe expérimental), actuellement en cours au Norris Cancer Hospital, pourra établir si le jeûne protège les cellules normales et augmente l’efficacité thérapeutique des chimiothérapies. »

           Moins manger peut-il être synonyme de meilleure santé ? Des médecins russes proposent à leurs patients deux alternatives : traitement médicamenteux ou jeûne. Pourrait-on un jour arriver à ce choix thérapeutique, faisant le choix de ne pas manger pour aller mieux ? Ces divers éléments ouvrent d’étonnantes perspectives, sur lesquelles il est cependant nécessaire de rester encore très prudent.

            Seule la validation d’essais cliniques à grande échelle et la mise au jour des mécanismes biologiques feront avancer efficacement les innovations dans ce domaine.

ANNEXES

Annexe 21 Les différentes réactions en période de jeûne

Annexe 22 Questionnaire sur le jeûne

Annexe 23 Résultats de l’enquête des questions 1 2 3 4 5 6 10 11

Annexe 24 Résultats de l’enquête des questions 7 8 et 9

Annexe 25 Analyse des réponses par question

Une réflexion sur « Extrait de mon mémoire du BTS Diététique : Le Jeûne »

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